Comment rendre la mode plus éthique et respectueuse de l'environnement?

créer à partir de matériaux destinés à être jetés des vêtements qui, eux, durent un maximum : tel est l'objectif de Laure a travers sa marque Alory

Août 2018

Ce que veut Laure, c'est que la mode du futur soit éthique et respectueuse de l'environnement... et elle ne compte pas attendre pour apporter sa brique à l'édifice! A 22 ans, elle a créé sa marque Alory, qui donne une seconde vie aux chutes et rouleaux inexploités de l'industrie textile. Elle nous raconte l'histoire de son projet.

Direction Lyon! C'est là que Laure confectionne sa collection!

Mélanie Paris Photographe

Bonjour Laure ! Ta marque est basée sur l'upcycling : tu crées des vêtements à partir de chutes textiles et fins de rouleaux non utilisés et voués à être jetés. Comment as-tu découvert cette démarche?

 

C'est en faisant un stage chez une créatrice à Barcelone, en Espagne. Elle faisait des sacs à partir de vêtements en cuir qui étaient soit abîmés, soit trop grands, soit qui n'étaient plus à la mode. C’est elle qui m’a initiée à cette démarche d’upcycling que j’ai trouvée très intéressante. Elle amène d’autres formes de créativité, car forcément, on s’adapte à un vêtement qui est déjà existant, qui a déjà des coutures, une forme, une usure...

 

 

Comment récupères-tu ces textiles?

Je les récupère par plusieurs moyens :

  • Auprès d'associations qui font de la récupération de matériaux, comme le Frich’market à Lyon ou La Réserve des arts à Paris. Ils démarchent les entreprises et revendent ensuite ces matériaux (ça peut être du tissu, mais plein d'autres choses aussi!)

  • Directement auprès des entreprises que je démarche : soit elles me donnent leurs fins de stocks et leurs rouleaux, soit je leur rachète.

  • Auprès de créateurs et créatrices lyonnais qui ont des fins de stocks de l’année précédente ou des chutes de coupe.

  • Et de manière beaucoup plus occasionnelle, auprès de particuliers qui me proposent des tissus qu'ils avaient achetés et qu'ils n'ont finalement pas utilisés.

Comment es-tu reçue par les entreprises quand tu les démarches pour récupérer des tissus ?

En général, les gens sont contents de pouvoir se débarrasser ! Pour eux, ce sont des gros stock dont ils ne savent pas quoi faire. Ils n’ont pas forcément envie de le jeter car c’est quand même de la matière première... Donc ils sont assez contents, ils se disent qu'au moins ça ne finira pas à la poubelle !

 

Comment t'y rends-tu? Avec une voiture, une camionnette… ? Des fins de rouleaux, ça doit être encombrant !

 

J’y vais avec un gros sac à dos et mon vélo! :)

 

Raconte-nous ton processus de création! Est-ce que tu crées à partir des tissus que tu trouves, ou au contraire tu as une idée en tête et tu vas chercher le tissu qui correspond ?

C'est le tissu qui va me donner l'idée du vêtement, c’est ça que je trouve hyper intéressant avec l'upcycling! C’est complètement différent de la manière dont j’ai appris le stylisme, où l'on a d’abord une idée, on la dessine, on se dit « je vais faire ça avec tel bouton, telle couleur, tel motif », et ensuite, on va trouver la matière. Là, c’est l’inverse, c’est d’abord la matière qui vient et qui me donne des idées! Je me dis « ah d’accord, avec ce motif je peux faire ça comme ça »… puis je trouve un zip auquel je n'aurais pas pensé et que je positionne de manière à sublimer le motif... Le design vient au fur et à mesure de ce que je trouve! C’est ça que j’adore, ça amène une toute autre forme de créativité !

"Avec l'upcycling, le design vient au fur et à mesure de ce que je trouve. C'est ça que j'adore, ça amène une toute autre forme de créativité!"

Gaëlle Costa-Elias

Est-ce que tu complètes les tissus que tu récupères avec du matériel que tu achètes ?

Et bien, je pensais que je n’arriverais pas à trouver certaines choses, et au final si, je trouve tout ce qu’il me faut !

Par exemple du fil ! Je pensais que ça allait être compliqué à trouver, car je trouvais inconcevable de jeter un fil noir ou blanc, on en a toujours besoin, peu importe la collection, peu importe la tendance… et bien si, les entreprises jettent même des boutons et fils que je récupère avant qu'il finissent à la poubelle. Tous les détails sont revalorisés!

Ton but, c'est de créer à partir de matériaux destinés à être jetés des vêtements qui, eux, durent un maximum ! Comment t'y prends-tu pour que l'on ait envie de les garder le plus longtemps possible?

Pour moi, c'est important de faire des vêtements intemporels et agréables à porter, que l'on va avoir envie de garder longtemps! J'essaye de sortir des tendances du moment – sans toutefois être trop classique. Les tendances vont durer 1 ou 2 ans maximum, et une fois qu'elles seront passées, on ne va plus porter le vêtement, voire le jeter! C'est ce que je veux éviter.

Je fais aussi du sur-mesure, ça permet de répondre à une envie particulière. Ce que je trouve super avec le sur-mesure, c’est que c’est toi-même qui imagine le vêtement, on le travaille ensemble, et au final tu l’adores, il est parfait, en plus il te va parfaitement! Par conséquent, il n'y a pas de raison que tu t'en lasses rapidement!

Je réalise également des vêtements que l'on peut porter de plusieurs manières. Les tops réversibles, par exemple, les gens adorent ! L'idée, c'est d'avoir 2 vêtements en 1 : d’un côté, le tissu est uni, et de l’autre avec des motifs. Le motif, c’est plutôt à porter à la plage, et l’uni pour une soirée chic, à assortir avec des bijoux, des escarpins… Comme ça, la valise pour partir en vacances est plus légère aussi! Et ces tops s’adaptent vraiment à la morphologie, vu qu’ils ne sont pas cintrés, ils vont suivre les courbes du corps et s’adapter au dos.

Gaëlle Costa-Elias

On a vu que tu faisais des pièces uniques ! Des vêtements que tu crées en un seul exemplaire !

 

Oui, parce que quand je récupère une chute de textile, forcément, je ne peux pas faire un grand nombre de vêtements dedans ! La plupart des produits sont en édition très limitée, 5-6 pièces maximum, sinon, c’est de la pièce unique.

Comment répartis-tu ton activité entre Lyon et Paris ?

 

J'habite à Lyon, et c'est là que je confectionne ma collection, mais je vais à Paris très régulièrement, pour des événements ou pour rechercher des tissus. Il y a plus de créateurs et plus d’entreprises dans le textile à Paris, donc c'est intéressant pour le démarchage.

Ça me plaît de bouger… j’aimerais bien pouvoir bouger dans d’autres villes aussi à l’avenir !

Tu travailles avec un atelier de couture de réinsertion. Peux-tu nous en dire plus?

Au début je pensais produire tout moi-même, mais j'ai compris que si je voulais pouvoir dormir, il fallait que je fasse appel à quelqu’un d’autre! Et ce serait dommage de devoir restreindre la production parce que je n’ai pas assez de temps. J’ai donc trouvé cet atelier de réinsertion, qui est au centre de Lyon, pas loin de chez moi [Ndlr : LAHSo, un centre qui accueille des personnes et des familles en situation d'exclusion. Un atelier textile y existe depuis 2015].

Ils ont acceptés de collaborer avec Alory car eux aussi font de l'upcycling, ça été facile de travailler ensemble. Ils m'ont beaucoup aidée, j'espère pouvoir continuer le partenariat avec eux.

Pendant le mois de juin 2018, j’ai eu une stagiaire, Chelsy, qui m’a aussi beaucoup aidée!

 Pourquoi on AIME 

 les Vêtements 

 alory? 

  • Une marque engagée dans l'économie circulaire, en donnant une seconde vie aux chutes et rouleaux de tissus inexploités

 

  • Une confection lyonnaise : le stylisme, le patronage, la coupe et la couture se font à Lyon

  • Des textiles que Laure est allée rechercher à Paris et à Lyon

  • Des vêtements que l'on peut porter de plusieurs manières (réversibles, devant/derrière)

  • Des pièces en séries très limitées voire uniques

 

Savais-tu depuis le début que tu voulais créer ta boîte?

Non, je ne savais pas. En fait, dans mes études, on nous apprenait plutôt à être styliste pour une grosse entreprise, et non un travail artisanal… répondre à un cahier des charges, monter une collection entière, etc. Et puis, lors d’un stage, j’ai vu une créatrice qui s’était lancée à 21 ans alors qu’elle n’avait pas fait d’école de couture, c’est sa mère qui lui avait appris. Elle s’est lancée, tout simplement! C'est là que j'ai commencé à envisager cette possibilité.

UNE mise à niveau en arts appliqués 

à lyon

"C’est une sorte de prépa en Arts. On faisait aussi bien du textile, que de l’architecture, de la photo... "

 

le parcours étudiant de laure

un Bac économique franco-italien

à Lyon

"J’ai commencé par un bac général, même si je savais que je voulais être styliste. Mes parents m’avaient dit de faire quelque chose de général, même si je changeais d’avis par la suite… Je n’ai pas changé d’avis !

Mais c'était chouette, ça m’a ouvert à la culture italienne qui est très branchée mode au final, avec Milan, la capitale de la mode!"

UN bts design de mode

à Nîmes

"A la fin de l'année de mise à niveau, j’étais confortée dans l’idée que c’était dans le textile que j’allais m’épanouir. Je suis donc allée à Nîmes, faire 2 ans de BTS design de mode, pour apprendre le métier de styliste."

UNE ANNÉE EN lingerie

à Paris

"J'ai voulu me professionnaliser un peu plus, parce que le BTS ça apprend la théorie mais pas forcément la pratique du métier. Je suis alors allée à Paris faire une année de lingerie. Et c’était TROP – BIEN ! On nous a vraiment appris la technique de manière poussée :  comment on fait les patrons, comment on fait nos gradations, la couture de tous les modèles… On nous a appris un travail très artisanal, très manuel, on utilisait très peu de machines. Et j’ai adoré travailler avec des matières très fines comme la dentelle, la soie…"

Comment as-tu débuté concrètement ton projet ?

En parallèle de mon premier travail dans une startup de lingerie, je faisais partie d'une association en lien avec le mode de vie écoresponsable. Un jour, ils m'ont proposé un service civique de 3 jours par semaine. Je me suis dit que c'était l’occasion de lâcher le boulot et de lancer Alory pleinement en parallèle... J'ai donc commencé ce service civique il y a quelques mois. Ça me convient bien, ça me permet d’avoir quelque chose de stable, une rentrée d’argent régulière.

J'ai pris également des cours d’entreprenariat les weekends, ça m'a beaucoup aidée car mon métier de styliste, je le connais, mais pas forcément tout le reste! [Ndlr : Il s’agit du programme Beelys de l'Université de Lyon, dédié aux jeunes entrepreneurs]

 

As-tu rencontré des obstacles dans ton projet ?

 

L’obstacle, c’était moi ! Il fallait que je prenne confiance en moi, que je me convainque que j'étais capable d’y arriver et qu’il suffisait que je me lance, que je le fasse tout simplement. Les barrières, c’était moi qui me les imposais en me disant que je n’y arriverais pas! Le travail d’auto entrepreneur, c’est un gros travail sur soi-même au final ! On apprend à se connaitre au travers de l’entreprise.

 

 

Et des soutiens?

Au début c’était compliqué... C’est vrai que c’est une prise de risque, donc ça fait peur même pour les autres au final ! Mais une fois que mes proches ont compris que j’allais le faire jusqu’au bout, peu importe ce qu’ils disaient, ils m’ont soutenue à 100%.

Par rapport à la création de son entreprise, on est pas mal aidé! Il faut aller chercher la bonne information au bon endroit et on trouve toutes les clés !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait se lancer?

Je lui dirais de rencontrer une autre personne qui fait la même chose. C’est ce que j’ai fait, ça m’a boostée d’avoir un modèle et de me dire « cette personne y arrive, elle l’a fait, pourquoi pas moi ! »

Et surtout ne pas hésiter à demander autour de soi des conseils, des avis… être toujours dans l’écoute des autres, car ils ont parfois des choses très intéressantes à nous dire... Mais sans pour autant prendre toutes les informations telles quelles! Il faut faire le tri, prendre du recul et se dire « il a peut-être raison, mais ce n’est pas pour moi, ça ne me correspond pas ».

Je me répète souvent une phrase du réalisateur Xavier Dolan « tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais».

retrouver les vêtements de laure

Retrouvez sa collection sur son site en ligne https://aloryparis.fr

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